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Notre généalogie, notre village et plein d'autres choses............

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Alcide Marot ( 1862-1927 )
Écrit par Webmaster   
Vendredi, 06 Juin 2008 10:12
Index de l'article
Alcide Marot ( 1862-1927 )
Bibliographie
Alcide Marot et La Mothe
Toutes les pages

Texte publié dans Le Pays Lorrain 1933.

Alcide MAROT

 

 

Alcide Marot fut un bon lorrain. Toute sa vie de poète, d'historien, d'homme d'action,fut consacrée à sa province natale, à ses souvenirs, à ses gloires, à son parler.
Alcide Marot naquit à Sauville le 11 mars 1862. Son enfance, dans une famille distinguée et cultivée, fut calme et pieuse. A trois ans, il récitait par coeur l'Evangile de Pâques. sage et réfléchi, très appliqué, il s'intéressa particulièrement au dessin dès son jeune âge. Il étudia à Nijon avec le curé du village, excellent latiniste et fin lettré. C'est dans le jardin du presbytère, dans les champs, dans les bois qu'il comprend et aime virgile. Il compléta ses études au petit séminaire de Langres, où ses professeurs apprécient sa docilité et son intelligence. C'est alors un enfant rêveur, qui aime la litterature, le dessin, la musique. Il revient bientôt à Nijon: ses parents ont rêvé de garder leur fils auprès d'eux, et il semble qu'Alcide Marot ait quelque peu souffert de la réclusion du séminaire. Il se met alors courageusement au travail, seul : il veut arriver "à bien écrire", il veut "dire tout ce qu'il a dans la tête". Latin, grec, français, poêtes et prosateurs, il lit beaucoup, acquérant une solide et profonde culture. Il mène la vie rustique qu'avait rêvé Virgile, et je pense qu'il se répéta souvent à lui-même :

Deus nobis haec otia fecit

Il jardine, il travaille. Il compose des vers qui évoquent le passé lointain de la lorraine. Le curé, qui aime la poésie, l'encourage; son père, sa mère surtout s'intéressent à ses efforts, écoutent et jugent toutes les productions de sa muse.
Le service militaire vient interrompre cette vie si bien réglée. Alcide Marot renonça au "volontariat" pour exempter son jeune frère : c'est au 42º de ligne, à Belfort, qu'il fit ses quatre ans de service. Gai et serviable, il semble, de la grandeur et de la servitude militaires, n'avoir ressenti que la grandeur.
Alcide Marot remplaça son père au conseil municipal de Nijon, qu'il présida pendant quinze ans. Son extraordinaire égalité d'humeur, sa douce gaieté, sa délicatesse, sa patience, son inépuisable obligeance, un sentiment très vif de la justice le rendaient cher à ses administrés et à tous ceux qui l'approchaient. Son activité était très grande; il aimait le travail manuel comme le travail intellectuel, et jamais on ne le voyait inoccupé. Il a lui même, dans son Journal, esquissé en quelques lignes ce que fut son existence. "Un ciel bleu sur la tête, un air pur à respirer, un lys d'un côté, une rose de l'autre, une plume sous la main, un livre sous les yeux, pour moi voilà le suprême bonheur en ce monde". Il ajoutait: "Chacun prend son plaisir où il le trouve, mais, pour moi, je le trouve partout. Partout où je suis, je m'y plais et je suis heureux". De tels hommes faisaient la force et la grandeur de la Lorraine.
Alcide Marot publia peu, et le peu qu'il publia, il le fit sur les instances de sa mère et de sa femme, sur les instances aussi de ses amis, Charles Sadoul et Maurice Barrès. Maurice Barrès a conservé le souvenir d'un pélerinage à La Mothe, le samedi 8 septembre 1906, avec le "poète Marot" et le bon curé Liébaut. !"Il rappelle en des phrases émues son arrivée à Outremécourt et l'accueil du curé Liébaut : "Joli temps couvert. La rue du village. Ses grands cris, ses deux pas en arrière, puis en avant, et ses deux mains de vieillard sur mon bras, qui veulent dire. "Oh! mon fils, toi qui aimes la Lorraine..."Et Barrès évoque les récits d'Alcide Marot qui raconte l'histoire de La Mothe et les souvenirs du pays. 3Marot me raconte que dans son village de Nijon il y avait des propriétaires d'un moulin qui avaient pour charge de faire dire à leurs frais, dans l'octave des morts, chaque année, une messe pour le repos des princes de la Maison de Lorraine, et depuis vingt ou trente ans, comme ils sont dans la gêne, ils ne peuvent plus la payer, mais on la dit tout de même. que ce soit une leçon pour le curé de Clermont qui ne dit pas la messe de Pascal Puis, c'est Mme Marot dont Barrès reproduit les paroles: elles constituent, pour le folklore, un document du plus haut intérêt :"Les coutumes de Mai que l'on voit dans l'enfance de Jeanne d'Arc subsistent encore". Un beau mot de Barrès résume cette page sur alcide Marot et La Mothe: "Grands pays nobles et tristes". Barrès écrivit une préface pour les Alouettes et Alérions, l'un des rares volumes que la modestie d'Alcide Marot consentit à publier.
Aussi, après la mort de Barrès, Sadoul lui écrivait-il: "je voudrais de vous, sur Barrès, quelque chose en patois, vers ou prose. Cet hommage serait plus touchant que n'importe quel autre, dans la vieille langue de nos pères. et vous avez montré que le patois peut se hausser aux belles et nobles idées"
Alcide Marot, en effet, écrivit des vers patois et des vers français.. Les uns et les autres offrent la même profondeur et la même délicatesse de sentiment, la même maitrise de la langue : d'un pauvre langage de paysans incultes, Alcide Marot sut faire un outil artistique. Il faudrait créer pour lui l'expression de Lorrain lorrainant.
Alcide Marot fut une belle âme et sa vie fut un bel exemple. Des caractères sans vigueur, des esthètes sans originalité se plaignent que la campagne ennuie et abêtit. L'originalité d'Alcide Marot voulait ignorer les excitations de la ville comme ses distractions. Il voulut cultiver son jardin en même temps que son esprit, et il a laissé une oeuvre qui ne périra point : il y aura toujours en Lorraine et en France des âmes capables de goûter La vieille fauve des trois Femmes, et tant d'autres poésies d'un charme si nuancé et si pénétrant. quand on relit les oeuvres d'Alcide Marot et qu'on évoque le souvenir de cette vie si sereine et si digne, si essentiellement utile loin des agitations vaines, du snobisme et de l'arrivisme des milieux littéraires contemporains, on ne peut s'empêcher de songer à ses vers qu'il a connu sans doute et qu'il a dû s'appliquer, avec un sourire :
Va, tu sais maintenant que Gallus est un sage.
Charles BRUNEAU
* Mme Elvire-Alcide Marot vient de publier un choix de poésies en patois d'Alcide Marot dans une luxueuse brochure tirée à 50 exemplaires. Nous sommes heureux de reproduire la préface de ce recueil, due à M. Charles Bruneau.La vie d'Alcide Marot *



Bibliographie
Alouettes et Alérions poèsies (préface de M.Barrès) Nancy impr.de M. Vagner, 1909
Montjoie Editions du temps présent 1914
Le chasseur de La Mothe roman historique sur les sièges et la destruction de la vieille forteresse lorraine. Gongourt (Haute Marne) Mathouillot 1892
Essai d'histoire des villages du canton de Bourmont Neufchâteau Impr. du progrès 1925
Dix poèsies en patois du Bassigny lorrain et une servante d'autrefois éditions posthumes
Le Pays Lorrain. Tous les numéros parus avant 1925


Elvire RENAUT
épouse d'Alcide MAROT
(1866-1949)
Elvire RENAUT épouse d'Alcide MAROT


Bibliographie des textes de Alcide MAROT dans le "Pays Lorrain"
(extrait de la table alphabétique générale du Pays Lorrain dressée par Charles Sadoul, directeur de la revue.

Titre Nature du texte Année Pages
A Maurice Barrès en mémoire de sa visite à La Mothe, le 7 et 8 septembre 1906 poème 1906 470-471
La cloche de Choiseul:chronique du XVII ème siècle prose 1907 117-120
L'histoire des quinze escholiers d'Allemagne. XIIème siècle : chronique du bassigny prose 1907 401-406
Le bourdon de Notre-Dame prose 1909 460-466
Pierre Thouvenel, de Sauville : chronique du Bassigny lorrain prose 1908 1-9
Les lépreux de Saint-Hilairemont (nom primitif de La Mothe) XVème siècle prose 1908 97-100
Chanson lorraine. A mademoiselle Thérèse Perrout. poèsie 1908 192-193
Le violon du père Saint -Vallier prose 1908 591-596
Noviomagus (Nijon) : IVème siècle prose 1910 423-432
Au Neuillon (colline d'Argonne Vème siècle prose 1910 762-767
L'assaut (XVème siècle) prose 1911 262-265
La perruque du Roi-SoleilL'assaut (XVème siècle) prose 1911 425-430
Notre-Dame des Piliers et le portail de Pompierre. prose 1911 658-664
Un poète lorrain : le chevalier de l'Isle (étude) prose 1912 40-47
Le moulin de PeunerotL'assaut (XVème siècle) prose 1912 157-163
Fiauve dou bon temps : les névets de Jean Thiébaut prose (patois avec traduction) 1912 305-309
Domine salvumL'assaut (XVème siècle) prose 1912 406-410
Bienvenue (à l'occasion de la naissance de Jeanne, fille de Charles Sadoul, le 26 juin 1912) poésie 1912 448
Le testament de Jehanne à Rouen poèsie en patois avec traduction 1912 500-501
Chez le baron de Thumery : souvenirs d'émigrés lorrains (1814) prose 1912 612-620
La visite du duc charles à Saint Nicolas poèsie 1912 699-701
Le bucheron : au Maître Paul-Emile Colin avec une planche d'après l'eau forte de P.E.Colin: le géant abattu poèsie 1912 768-769
Fiauve dou bon temps : lou stalat de lai mothe prose en patois avec traduction 1913 116-118
Doudou des bois prose 1913 207-210
Les meutes de Dom Marconneau XVIII ème siècle prose 1913 345-350
L'Atreye (le cimetière) poèsie patois avec traduction 1913 628-629
Les roches de frère Eustache (La Mothe, premier siège, 1634) prose 1913 741-746
Dom Poincaré, de l'abbaye de Morimond (à Marcel Maure)L'assaut (XVème siècle) prose 1914 39-46
La Bayarde (à mademoiselle Marguerite Gugnon) prose 1914 329-333
Le Pays Lorrain cesse de paraître après le n° du 20 juillet 1914 (11ème année, N°7). Il reparait en juin 1919 (11ème année, N°8)
Lai Pove (la peur) prose patois avec traduction 1919 531-532
La maison Pelgrin à Bourmont prose 1919 (écrit en 1914) 648-653
Pierre de Rozières prose 03-1920 120-125
La confession de monsieur Parisel prose 05-1920 222-227
Le crédo du grognard prose 07-1920 294-297
Frédéric Esmez (sur le poète né à Vittel, tué en 14-18) prose 10-1920 433-435
Lai gaudissereye dou père Trente-Six Culottes. La joyeuseté du père. prose patois avec traduction 11-1920 512-515



Monument de La Mothe rapporté en l'église de Nijon (dessin d'A. MAROT)

Monument de La Mothe rapporté en l'église de Nijon
(dessin d'A. MAROT)
La MOTHE
Vers dit le 7 juin 1897 à l'inauguration du monument élevé aux défenseurs de la ville.
Qui donc la disait morte en son linceul de gloire;
Elle s'est réveillée à l'appel de l'histoire;
Du fond de leurs tombeaux répond la voix des forts
Ton enceinte,ô cité! De nouveau se déroule;
Les fils de tes Lorrains te reviennent en foule;
Regarde autour de toi: tes fils ne sont pas morts!

Voici ton peuple, encore et malgré tout, fidèle;
Il t'appartient toujours, ô fière citadelle!
Car depuis deux cents ans tu n'as vécu qu'en lui.
De tes foyers détruits il a gardé la flamme;
Le feu sacré longtemps a couvé dans son âme;
Sur la tombe des morts il flamboie aujourd'hui.

Au vieux renom français notre âme te marie;
O ville!..car tu fus la petite patrie;
La france a receuilli ta vaillance et ta foi !
la patrie a grandi comme ses destinées,
Et va jusqu'à la mer et jusqu'aux pyrenées..
O doux berceau, pour nous la France était en toi !

Devant ces grands Lorrains endormis dans ta centre,
Faut-il suivre le cours des siècles, et descendre
Jusqu'aux temps glorieux d'Arcole et d'Iéna,
Et compter ces héros où ton âme respire,
Lorraine ?...vieux soldats, généraux de l'Empire
Que de tous ses lauriers la France couronna ?

Oh! salut tous!...salut! Français, Lorrains...ô frères
Tombés, le glaive en main, sous des drapeaux contraires!...
Femmes des vieux Lorrains qui combattiez aussi!
Soeurs de Jeanne, à leurs coeurs vous rendiez l'espérance;
Vous avez engendré des Français à la France;
Et ce sont vos enfants qui vous fêtent ici.

Avec nous dans les rocs, par leur foi soutenues,
Sous le soleil de juin vos filles sont venues;
De vos fortes vertus puissiez-vous les munir,
Aïeules! c'est pour vous que Nancy, dans sa joie,
Convoquant la Lorraine, aujourd'hui nous envoie
L'élite de ses fils, pieux au souvenir.

Reste à jamais debout sur la montagne austère,
Tombeau! garde la ville, et consacre la terre;
La Mothe des grands morts restera la cité.
La Mothe, sans soldats, sans tours, puissante cime,
Sera la forteresse invaincue et sublime,
Et le rempart français de la fidélité.
© Pays Lorrain 1934

Mise à jour le Mardi, 12 Août 2008 08:04
 
 
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